Pour le renouveau d’une école chrétienne en France |
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Amour et plaisir d'aimer...L’homme est bien malade, qui se fait tort à lui-même avec ses défiances, quand tout amour est d’abord confiance. Si je décide d’aimer – c’est un acte de volonté – la première offrande de mon cœur, ce qu’instantanément j’ose risquer, c’est ma confiance.
Il est vrai que la souffrance est grande de voir bafoué ce trésor. Mais la souffrance n’est-elle pas grande preuve d’amour véritable ? Souffrance sans regret, sans désillusion, sans déception, parce que l’offrande pure n’attend rien. Elle est vraie gratuité. Souffrance de voir l’autre se tromper, se battre dans l’effort, voire s’abaisser à trahir, à avoir peur d’une vérité qu’il n’ose pas dire. Souffrance de le voir aux prises avec ses ignorances, ses maladresses, ses conformismes étouffants. Souffrance que nous infligeons chaque fois que nous aussi, nous nous défions, chaque fois que notre cœur se ferme.
L’amour est un défi majeur dans ce monde où c’est à son sujet que nos contemporains commettent parfois les plus gros contre-sens. Confusion de l’amour avec la joie, le plaisir même, alors qu’il n’est pas tant un sentiment que l’offrande plus ou moins grande de soi-même, de sa force, de ses talents, de ce que nous avons su révéler du don de Dieu en nous. Il est acte de volonté, il est choix de l’intelligence. Il est ce que nous devons développer le plus chez nos enfants, par l’exemple et en ne leur dérobant pas leur vie, par peur qu’ils souffrent. C’est par excellence l’exemple que donne la Sainte Famille. Saint Joseph aime Marie, il ne pense qu’à elle, à ce qu’elle risque . Lorsqu’elle revient enceinte d’Ain Karim, chez sa cousine, il ne se sent pas bafoué mais indigne de participer à ce mystère qui est en elle. Il ne songe qu’à la protéger de la vindicte populaire. Pas un mot du douloureux sentiment, et pourtant… quelle souffrance il dût connaître de devoir renoncer à se faire protecteur de ce « cristal » dont il pressentait si bien la valeur. Lorsqu’il se fait protecteur de l’enfant-dieu, il ne songe ni à son entreprise, ni à l’inconnu que représente l’arrivée en terre étrangère, il ne songe qu’à ceux qu’il aime. Pour eux, il renonce à tout et suit le Seigneur. Que notre amour soit inspiré par une plus ou moins grande sympathie, que le désir de cette offrande soit suscité par une appétence de notre être à la joie, c’est incontestable… au début du moins. Il est important d’en tenir compte lorsqu’on éduque. Il faut appâter… mais en sachant que la croissance de l’amour, de l’intelligence de l’amour devra peu à peu renoncer à ces conditions restrictives de l’amour, et surtout savoir très vite qu’elles ne sont pas lui ! Il n’est pas ce qui le cause. Il n’est pas non plus ce qui, éventuellement, le récompense : la joie. Il est désir – et non envie seulement – du bien de l’autre. Il est évident que les exemples surabondent d’amour non rendu, et que le plus sublime est l’amour du divin Maître élevé sur la croix par les hommes qu’Il aimait. Regardons-Le, meurtri, déchiré, moqué, bafoué. Regardons-Le souffrant l’agonie. Suprême et terrifiant moment d’amour pur où le péché de ses frères – nous – Lui fait endurer une sueur de sang. Supplication vivante, totale, appel d’amour pour que nous soyons parfaits comme notre Père est parfait. Regardons-Le enfin, souffrant l’enfer de la séparation du Père : « Pourquoi m’as-tu abandonné ? » Amour absolu du don. Exemplaire, inimitable certes, mais goutte à goutte, ce doit être la source de nos vies parce que c’est la Source de la Vie. Saint Paul décrit cet amour là. Il RISQUE tout parce que l’amour veut la vie en l’autre, sa vie éternelle. Il risque ce qui nous coûte : l’argent, le confort, la notoriété, les honneurs, la tranquillité, la réussite même, voire l’amitié, parce que ces biens ne le nourrissent pas, au contraire, ils peuvent le stériliser. Sa source, sa seule source est en Dieu, en Dieu seul qui EST l’Amour. Il est Celui qui n’attend que notre bien.Tout ce qu’Il veut, Il le veut pour nous. C’est pourquoi nos chutes sont aussi pour Lui, à notre demande de créatures libres, des occasions d’aimer encore en nous pardonnant. Il nous faut L’imiter le mieux possible, infimes miniatures qui pouvons être belles comme de parfaites miniatures. Pour être ainsi, il suffit d’aimer, d’aimer en vérité, la vérité. Vérités pures, absolus de droiture et de courage qui fondent toute morale. Vérités relatives à notre finitude, à notre pauvreté. La conscience de nos limites doit nous rendre infiniment tendres et compréhensifs pour celles de nos frères. Le pardon que nous espérons pour nos erreurs et même nos fautes, doit nous conduire à l’indulgence a priori pour l’autre. Il faut une extrême vigilance pour ne pas se laisser piéger par les bassesses du monde qui critique et condamne afin de se sentir supérieur. Il faut une extrême vigilance pour ne pas critiquer, voire condamner celui dont on ne connaît rien sinon les « on dit ». Il faut rencontrer l’autre, sereinement, le connaître pour pouvoir l’aimer, même si nous ne partageons pas exactement ses vues. Vigilance d’amour, vigilance pour aimer comme le Christ a aimé, a priori, la Samaritaine, Saint Matthieu, Marie-Madeleine, le bon larron (Il n’a rien dit au mauvais, entre nous…), ses disciples, même, qui L’ont abandonné à sa souffrance au Jardin des Oliviers, comme nous le faisons nous-mêmes si souvent. Vigilance d’amour qui nous oblige à la plus grande prudence dans la critique, afin de condamner, violemment au besoin, le mal qui fait souffrir, pour mieux aimer la victime qui souffre. Vigilance d’amour qui nous fait un devoir de piétiner nos peurs et nos égoïsmes, de passer au crible nos soi-disant convictions, - qui ne sont parfois, hélas, que des opinions peu fondées, sinon sur le ragot – nos comportements aussi, pour veiller à ne rien confisquer du don que Dieu nous fait chaque jour. Don des rencontres, don des occasions d’aimer, de risquer toujours plus l’ouverture de nos cœurs, don surtout – contre le Prince de ce monde – de nous aimer, fraternellement entre chrétiens, dans un même amour de la vérité, dans un souci constant du bien de l’autre, quels que soient nos sensibilités, nos goûts, nos habitudes, nos éducations, nos milieux, nos peurs du jugement d’autrui, nos, nos, nos… tout ce que sont nos chaînes, nos fers, tout ce qui nous attache, nous détourne de cette humilité, ce détachement toujours plus grand, qui est propre à chacun, mais qui est le seul chemin vers le Père, vers le Frère, vers l’Amour. Lundi 11 Décembre 2006
Rose Marie Miqueau
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