Pour le renouveau d’une école chrétienne en France


Don Bosco et l’esprit d’enfance

' Sagesse des hommes.... '

Qui ne connaît le petit garçon gambadant sur un fil en jonglant ... ?

Tous ne savent peut-être pas qu’il avait mis les spectateurs, petits ou grands, en prière avant !

Peu nombreux sont les enfants capables d’oser de tels chantages ! Et Dieu sait qu’aujourd’hui, ils s’y adonnent au chantage affectif, mais c’est bien souvent introversion. Lui usait de son talent d’acrobate pour soutirer quelque marque d’amour pour la Douce Vierge et son Fils divin !



Il a onze ans, nous sommes en 1826, et c’est " le chapelet suivi d’un cantique " qu’il exige pour tout paiement.(1) Toutes les occasions sont bonnes pour faire, comme il disait, des " sermons " sur l’évangile qu’il avait entendu le matin à la messe. Or attention, de ces réunions aussi pieuses que ludiques " étaient exclus ceux qui avaient blasphémé ou tenu de mauvais propos ou refusé d’assister aux cérémonies religieuses " (2)

Sa mère était complice , elle parlait si bien de l’amour de Dieu à son fils, elle le faisait prier, lui faisait lire de bon livre. S’il n’était guère d’un caractère soumis, tout ce qui touchait à l’amour de Dieu le fascinait. En cette même année 1826, il impressionna Don Calasso en lui récitant, sur le chemin du retour, les sermons quelque peu théologiques d’un missionnaire venu prêcher à Buttigliera. Le chapelain de Chieri devint dès lors le premier protecteur de ses études. Il voulait dès onze ans, " embrasser l’état ecclésiastique, pour [s’] approcher de tant de [ses ] compagnons, parler avec eux et les instruire de la religion. Ils ne sont pas méchants, disait-il, mais ils le deviendront parce que personne ne s’occupe d’eux. "(3)

Autant d’audace et de clairvoyance chez un enfant confirme ce qu’on peut attendre d’une intelligence bien éveillée et d’un amour nourri avec attention. Certes, Jean ne manquait pas de caractère mais n’était-il pas bien vivant lorsqu’il rappelait au jeune séminariste Joseph Caffasso " qu’il y a un temps pour tout, un temps pour aller à la messe, mais aussi un temps pour se divertir "(4). Après la mort prématurée de son père, son demi-frère, jaloux et injuste, l’accabla, mais il n’en fut rendu que plus combatif et paradoxalement compréhensif. Compatissant aux souffrances de sa mère, il s’oublia et bénéficia ainsi d’un apprentissage fructueux du détachement. Nombreux sont nos gros bébés de quinze ans qui pourraient en prendre de la graine.

Il vivait au présent, offert aux appels de la Providence que sont les rencontres et occasions de la vie. Il y faisait face avec le seul souci d’être fidèle à sa foi, ne reculant ni devant les assauts de la famille de ce compagnon juif qui, sous son influence, se convertit, ni devant les perfectionnements nécessaires au saltimbanque, passionné de théâtre et de chant, au point de pouvoir improviser en toutes circonstances à partir des œuvres de Dante, Pétrarque, le Tasse et de tant d’autres qu’il maîtrisait à la perfection. La crainte de paraître ridicule si répandue chez les jeunes autant que chez les moins jeunes, semble ne l’avoir jamais effleuré. Ses tours de prestidigitation allèrent jusqu'à le faire passer pour sorcier... alors qu’il n’était qu’un observateur incomparable des travers de l’humanité. Cette qualité est essentielle à l’éducateur véritable dont l’assurance se fonde sur l’ aptitude à tout saisir des gestes du corps autant que des mouvements de l’âme de ses protégés.

Très jeune, enfant même, Jean Bosco est offert au plan de Dieu sur lui. C’est sa simplicité qui est raison de son ouverture, donc de ses intelligences et de sa culture. Il est doté d’une mémoire époustouflante, et n’a besoin que de lire pour retenir... Il est lui-même, en toute occasion de la vie, et cet esprit caractéristique de l’enfance, il le conservera toute sa vie. C’est sans aucun doute, ce qui explique le mieux son succès auprès des jeunes. Ils le suivaient partout, parce qu’il était parfaitement vrai, qu’il ne composait aucun personnage et ainsi ne vivait qu’au présent. Lui-même dans la joie, lui-même dans la peine. " Le Royaume de Dieu est à ceux qui leur ressemblent "(Lc, XVIII,16). Leur ressembler en quoi ? Saint Jean Bosco nous le montre : être soi-même, se garder du personnage que nous composons pour ne pas risquer l’erreur, le ridicule, le jugement des autres, ne pas risquer tout court. Aujourd’hui bien des jeunes de treize, quatorze ou quinze ans se perdent déjà entre ce qu’ils ignorent être - mais auraient tant besoin de connaître pour être heureux - et ce qu’ils se sentent obligés d’être. Ils ignorent tout du don de Dieu en eux, puisqu’on ne leur a parlé que de leurs défauts. Et ces défauts, le plus souvent, sont ceux que la société condamnent, ou les coutumes familiales, ou je ne sais quelle habitude qu’on prend pour une vérité. Les adultes ont inventé le dicton : " toute vérité n’est pas bonne à dire ", qu’elle ne soit pas facile à dire, je veux bien, mais qu’elle ne soit pas bonne, c’est autre chose puisqu’elle... nous sauvera, dit le Seigneur. C’est le moment et la façon de la dire qui doivent être bien choisis.

Saint Jean Bosco est vrai, totalement vrai dès sa plus tendre enfance et sans souci du qu’en-dira-t-on, il le restera. C’est un des aspects les plus riches de sa vie, et cela peut donner à méditer beaucoup en ces temps où sous couvert de politesse mal comprise, de gentillesse égoïste - puisqu’elle ne flatte que nous - voire de lâcheté pure et simple, tant de chrétiens se taisent, se cachent, jouent le jeu de l’Adversaire, dont les œuvres destructrices ne cessent de se répandre par le biais de l’école. L’école n’est pas épargnée au contraire, elle est le fer de lance de cette politique puisque les conditionnements, les déstructurations s’opèrent d’autant plus efficacement qu’elles s’opèrent plus jeunes. Les méthodes, les programmes, la conception des livres, les contenus faux ou scandaleux, toute la pédagogie mériterait une analyse rigoureuse de la part de chrétiens soucieux de la nourriture qui est donnée à leurs enfants. Le vrai combat est là, il demande autant de courage que le combat contre l’avortement, car nous laissons la foi et l’intelligence de nos enfants, voire leur santé mentale aux mains de ceux qui SAVENT qu’ils peuvent user de toutes les audaces, car nous sommes polis : nous ne dirons rien, cela ne se fait pas.

Prions Saint Jean Bosco, chers parents, chers maîtres, chers amis, pour qu’il nous donne le courage de la vérité quoi qu’elle nous coûte : elle le terreau sur lequel agira la grâce divine.

Mardi 25 Octobre 2005
Rose Marie Miqueau


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