Pour le renouveau d’une école chrétienne en France |
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ECOLE ET LIBERTELa MISSION DES EDUCATEURS AUJOURD'HUIDes parents trop souvent soucieux...
le père Y.Bonnet
ECOLE ET LIBERTE
Des parents trop souvent soucieux... Pour nous, parents, l’unique sujet de préoccupation, quels que soient les malheurs des temps, c’est l’enfant, le jeune qui a été confié au soin jaloux de notre amour et que nous avons le devoir de conduire au plein développement de son être, pour qu’il trouve un sens à sa vie, épanouisse sa personnalité et s’intègre harmonieusement dans la communauté sociale et professionnelle. Les parents, premiers éducateurs Ce souci ne date pas d’aujourd’hui chez certains, mais trop nombreux sont les parents qui, emportés par la course aux biens matériels, par l’attrait de la société de consommation, ont négligé leur mission éducative, abandonné leur responsabilité de contrôler l’enseignement donné à leurs enfants, et qui découvrent, avec stupeur, que le système éducatif, qu’ils ont laissé mettre en place, conduit parfois leurs enfants à l’inculture, au chômage, à la révolte, quand ce n’est pas à la drogue et au désespoir. Mais, ce qui ne devrait être qu’une préoccupation permanente, et au fond, l’exercice normal et quotidien du métier de parents, devient aujourd’hui un combat essentiel pour une liberté fondamentale, une liberté que dans l’histoire, tous les régimes totalitaires ont cherché à confisquer dès leur début et que, pour notre part, nous défendrons sans haine mais sans faiblesse. En ces temps difficiles qui exigent la solidarité de tous les parents conscients de leurs devoirs, que leurs enfants soient dans quelque établissement scolaire que ce soit, il n’est pas inutile de commencer par une réflexion sur les fondements de cette précieuse liberté de l’enseignement. Le droit de l’enfant Cette liberté est fondée sur le droit de l’enfant, droit à recevoir ce dont il aura besoin pour vivre, aptitude à l’autonomie, à la responsabilité, à l’adaptabilité professionnelle, à l’action, à la vie en société, au goût du beau comme au service des autres. Ce droit, l’enfant l’a sur ses parents d’abord, qui ont vocation à l’aimer, donc à lui donner tout ce dont il a profondément besoin. Les parents ne peuvent traiter le problème tout seuls, ils ont besoin de l’école. Vis à vis de l’école, l’exercice de leur devoir les conduit à se comporter en maîtres d’œuvre qui donne un cahier des charges à un sous-traitant ou comme un entrepreneur qui passe un contrat avec une société de services. L’école sous-traitante de la famille L’Ecole doit donc garder son autonomie, garante de son efficacité, de son originalité, de sa créativité et de ses progrès. Les parents doivent garder leur liberté de contracter ou de ne pas contracter ce qui garantit l’exercice de leur responsabilité, car on peut déléguer des pouvoirs, on ne délègue jamais sa responsabilité. Il faut donc bien parler des cahiers des charges. En effet, si les parents sont sur le plan de l’éducation de l’enfant, les mieux placés pour établir le cahier des charges, les milieux professionnels sont les mieux placés pour établir le cahier des charges des connaissances utiles ou indispensables aux divers métiers et les milieux de l’enseignement et de la culture les mieux placés pour établir le cahier des charges des connaissances de base de l’honnête homme contemporain. Le contrat parents-chef d’établissement L’exercice normal de la responsabilité du couple légitimement soucieux du bien de l’enfant, exige que ce couple puisse passer un contrat avec l’école. Or, on ne peut contracter avec un partenaire lointain, anonyme ou trop puissant. On contracte de personne à personne et le partenaire naturel du couple parental c’est le chef d’établissement, autonome, responsable d’un projet éducatif, capable de l’expliquer aux parents, de s’engager sur lui avec son équipe et d’en répondre. Il n’y a pas d’autonomie sans contrôle, contrôle a posteriori bien sûr, faute de quoi il n’y a plus d’autonomie du tout, mais contrôle tout de même. Les partenaires du contrôle Les « contrôleurs » de l’éducation, ce sont les parents et ils se regroupent à cet effet, en associations pour se conforter, s’entraider et s’enrichir mutuellement. Les « contrôleurs » de l’enseignement, ce sont les professeurs et ils se regroupent également, à cet effet, en associations ouvertes sur les milieux culturels extérieurs. Les « contrôleurs » des aptitudes à la vie professionnelle ce sont les formateurs professionnels et les professions elles-mêmes, qui peuvent donner, chacune, leur éclairage particulier et se concerter pour définir le fond commun de connaissances nécessaires à toute vie professionnelle. Ce schéma ternaire, à trois partenaires, des différents contrôles constitue une sécurité pour les parents comme pour le chef d’établissement. L’élimination d’un des trois partenaires conduit à un schéma binaire dont on sait qu’il se traduit toujours par une guerre. Quant à l’élimination de deux des partenaires, elle aboutit à l’absorption du chef d’établissement par le groupe de pression vainqueur et elle est ferment de totalitarisme, surtout si ce groupe de pression est devenu puissant au niveau de l’état, et bien plus, s’il s’identifie à lui… Les ministres aujourd’hui en sont les jouets. Besoins de l’enfant et finalités de l’éducation Revenons à l’enfant afin de dégager les objectifs éducatifs fondamentaux. Premièrement, cet enfant, unique dans sa personnalité, comment lui donner toutes les chances d’être lui-même dans la plénitude de ses talents, de ses charismes, de ses potentialités ? Deuxièmement, comment le préparer à s’insérer dans la société, à travailler au bien commun, à donner un sens à sa vie ? Si le premier objectif n’est pas atteint, le jeune ne deviendra pas un homme ou une femme adulte et responsable, il restera en l’état informe de l’adolescent en « phase veau », rêvant d’un monde sans contrainte, gorgé d’audiovisuel, agrégé à la masse, assisté par la société. Si le deuxième objectif n’est pas atteint, le jeune restera en l’état douloureux de l’adolescent en « phase tigre », révolté contre toutes les contraintes, refusant toute vie sociale, aigri contre ses semblables comme envers lui-même. Il convient donc d’atteindre les deux objectifs. L’épanouissement de la personne Charité bien ordonnée commence par soi-même. L’éducation doit viser à permettre l’éclosion d’une personnalité. La personne se construit lentement, et jamais dans la facilité ; le jeune, plus encore que l’adulte est friable psychologiquement. Sentiment d’échec, d’aliénation, d’angoisse peuvent entraver le développement normal de sa personne. C’est le fait de se valoriser dans ses talents, dans ses points forts, qui permet de dissiper le sentiment d’échec. L’enseignement doit donc être capable de mettre en valeur toutes les formes d'intelligence, concrète comme abstraite, rigoureuse comme imaginative, littéraire comme scientifique, sans blocage prématuré, ni sélection sur un seul critère (les mathématiques). La complexité de la nature humaine, l’infinie richesse des charismes exige donc un enseignement diversifié, pluraliste, ouvert à l’imagination pédagogique. L’unification de l’enseignement engendre l’uniformité des statuts, des programmes, des règlements : elle conduit inéluctablement à la sélection par l’échec plutôt qu’à la promotion des valeurs. C’est l’apprentissage de l’autonomie, la possibilité de faire des choix, qui permet de dissiper le sentiment d’aliénation. L’enseignement doit multiplier les occasions de faire un travail personnel, de réaliser quelque chose de façon autonome. Les rails des programmes officiels enferment les établissements et les professeurs dans un carcan, qui ne peut que se refermer sur les élèves et leur donner le sentiment frustrant d’être des pions qu’on manipule pour les amener à quoi ? à la non-qualification et au chômage ? car ces programmes, tout en étant encyclopédiques, ne donnent pas les bases fondamentales qui fournissent l’adaptabilité et permettent justement l’autonomie. C’est la sécurisation que donne l’autorité véritable, qui dissipe l’angoisse paralysante. Mais la sécurité, c’est justement l’entraînement au risque et non l’assistance perpétuelle qui produit des êtres débiles. C’est aussi l’autorité cohérente, qui suppose une éthique commune aux parents et aux professeurs. Le droit des parents à choisir la forme d’éducation de leurs enfants est donc conséquence directe du besoin de cohérence dans l’éducation des enseignés, condition de leur sécurité psychologique. L’autorité sécurisante est indissociable de l’amour, dont le lieu privilégié reste la famille, ce qui implique que les droits des parents sont prioritaires sur ceux des enseignants et a fortiori, de l’Etat ! Le dépassement de soi Le seul épanouissement de la personne ne permet pas de devenir adulte et responsable. Il laisse la personne en tête à tête avec elle-même, sans but, sans finalité, il conduit à l’individualisme narcissique ou destructeur. La personne, pour prendre toute sa dimension humaine, doit trouver un sens à sa vie, doit « finaliser » son action et cette finalité doit transcender la personne elle-même : l’homme n’est vraiment homme qu’en se dépassant lui-même. L’homme se dépasse en participant à la construction d’un monde plus humain. L’animal ne fait que s’adapter, l’homme crée, modifie son propre environnement : la créativité est un besoin essentiel de l’homme et il est indispensable qu’il puisse la mettre au service d’un objectif qui le transcende, d’un objectif de bien commun. L’enseignement doit préparer le jeune à cette dimension créatrice et participative au bien commun, ce qui implique une école ouverte sur l’extérieur, sur la vie, sur les métiers, sur les vocations et un personnel enseignant ne vivant pas en ghetto, coupé du reste de la société. L’homme se dépasse également en recherchant inlassablement le vrai. La vérité ne nous appartiendra jamais, elle nous dépasse et l’expression « être dans le vrai » le montre bien : on ne possède pas la vérité. Mais l’homme, et c’est sa grandeur, doit être en quête incessante de vérité, quête humble mais opiniâtre, jamais accomplie. Notre époque exalte la sincérité plutôt que la recherche de la vérité, autrement exigeante : ne nous étonnons pas que notre société soit devenue une véritable fabrique d’adolescents de tous âges, rêveurs ou contestataires, mais en tout cas irresponsables. On voit donc que l’école ne doit pas se contenter de transmettre des connaissances, mais qu’elle a pour mission de lancer le jeune dans la voie exigeante de la recherche du vrai , qui implique humilité, dialogue, absence de sectarisme, respect des faits. C’est dire que l’idéologie, quelle qu’elle soit, ne saurait avoir droit de cité à l’école. C’est dire aussi que le problème religieux, qui a toujours été une des interrogations majeures de l’homme, ne saurait être tenu pour sujet négligeable ou tabou. L’homme se dépasse enfin, quand il accepte de renoncer à lui-même pour l’autre. Acte de volonté suprême que celui de l’amour qui permet d’oublier l’irritation que cause la différence pour n’en retenir que la richesse que donne la complémentarité. C’est pour l’homme immature que les « autres sont l’enfer ». Pour l’homme adulte et responsable, communiquer, construire avec l’autre, l’accueillir et recevoir de lui c’est se grandir. L’école est donc un des lieux de préparation à la vie communautaire, à la rencontre de l’autre, au sens du bien commun. Ni individualisme, ni collectivisme n’y ont leur place : les hommes de demain ne sont destinés ni à la jungle, ni au goulag. L’école, corps intermédiaire L’aspect philosophique du problème de la liberté d’enseignement est le plus important. Il s’agit bien d’une liberté essentielle, fondée sur le droit de l’enfant à être préparé à la vie, et partant, sur le droit des parents qui, les premiers, ont vocation à vouloir le bien de l’enfant par amour, et à choisir pour lui, la formule d’enseignement qui, en conscience, leur paraît la meilleure. Il n’est pas interdit pour autant, d’évoquer d’autres aspects du problème. Et tout d’abord l’aspect politique, au sens de la vie de la Cité, et non au sens de la vie des partis. En effet, l’école est un corps intermédiaire, et à ce titre, elle joue dans l’organisation de la Cité, un rôle important car son autonomie est une des garanties de la séparation des pouvoirs, donc de la liberté des citoyens. En outre, cette autonomie permet à la créativité pédagogique de renouveler les méthodes d’apprentissage, aux hommes et femmes responsables d’exercer des pouvoirs utiles à la vie sociale. Le fameux principe de subsidiarité, qui exprime clairement qu’on doit toujours confier les responsabilités et déléguer les pouvoirs, le plus bas possible, est plus que jamais valable : il est facteur d’efficacité en même temps que source de libertés. Quand l’Etat absorbe les corps intermédiaires, entreprises, écoles, informateurs, etc… il y a grave danger de totalitarisme et d’inefficacité. C’est pourquoi ce que l’Etat appelle « décentralisation » est en fait une déconcentration qui fait peser sur les régions le poids des dépenses pour l’école, et permet à l’Etat d’alourdir les contrôles jusqu’à les rendre insupportables à l’enseignement privé… L’Etat veut, et est sur le point d’accomplir, « l’unification de l’école », que réclamait la F.E.N. dans les années 80 et qu’avait prévu Guy Mollet quand se discutait il y a bientôt un demi-siècle le « politique des contrats ». La liberté des familles ne se négocie pas Or elle est aujourd’hui attaquée de front par tous les organismes internationaux (cf le site famille.école.éducation). Si les parents français, comme les parents américains, ne se décident pas à réagir vigoureusement, ils n’auront bientôt plus aucun moyen de faire face à leur responsabilité d’éducateurs. Aujourd’hui l’éducation qu’offre l’école n’a, la plupart du temps, aucun rapport avec la volonté éducative des parents chrétiens. Ce n’est pas un hasard, dans certains lycées chrétiens, ce sont les professeurs qui créent des collectifs pour que soit supprimée la catéchèse. La marche est trop haute pour nos enfants. Nous devons pouvoir les former avant de leur permettre de jouer leur rôle de chrétiens rénovateurs d’une société dévitalisée, et qui est déjà passée entre les mains des « mondialistes » et de leur volonté de « créer » un homme nouveau. Jeudi 8 Décembre 2005
Yannik Bonnet
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