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La richesse des deux sexes
Lorsque le garçon et la fille atteignent dix ans, leur connaissance de l'autre sexe est des plus superficielles. Elle s'appuie sur un certain nombre d'expériences communes en famille ou en classe, qui ne concernent que l'agir. Ils ont pu jouer ensemble, prier ensemble, manger ensemble, voire se laver ensemble. Ils ne savent absolument pas qui ils sont, eux-mêmes, comment sauraient-ils comment est l'autre ? Ils sont donc tout à fait incapables de se comprendre donc de se respecter mutuellement. Ils sont beaucoup plus disposés à noter les différences qui les dérangent qu'à s'émerveiller des différences qui les rendent complémentaires. Ils sont à l'âge où la force dont on se sent capable s'exprime le plus souvent par l'abaissement de l'autre, la quête de ses défauts. Dans les cours de récréation c'est un constat affligeant que celui du mépris de l'autre, surtout si on le juge plus faible. Les enfants ne sont pas ainsi lorsqu'on les éduque, mais si on les laisse pousser comme l'herbe folle, ils ne sauront se défendre qu'en abaissant l'autre.
La fille vit sa puberté en général avec deux ans d'avance sur le garçon. Face au petit "rouleur de mécaniques"-joueur de foot, elle est le plus souvent la pipelette qui raille, provoque et exaspère. Je dis toujours en plaisantant, à peine, "si vous voulez les rendre misogynes, mettez les garçons avec les filles en 6è-5è". Ils ne se différencient que "contre" l'autre sexe. En outre, les filles sont plus indépendantes, donc beaucoup plus autonomes, même dans leur travail, que les garçons du même âge. C'est très humiliant pour ces derniers et ne peut les conduire qu'à compenser par de la vanité, voire de la violence. La richesse éducative de chacun des sexes à cet âge est ruinée par la mixité. Le garçon est par nature voué à la protection de la société, de la famille, de l'épouse, c'est à dire de l'amour, donc de la vie. Ce qui justifie ce don de soi courageux à la société, est l'amour qu'il porte à la femme. Comment en prendre conscience lorsque ces petits bouts de bonnes femmes passent leurs récréations à se moquer, critiquer, ou faire du charme et jouer de leur féminité le plus maladroitement du monde puisqu'elles en ignorent la puissance. Leur apprendre à être charmantes au service du bien, cela fait aussi partie de l'éducation, de ce qui s'apprend en cour de récréation ou dans la paix et la simplicité de relations avec des aînées, féminines et fières de l'être. L'apport des grandes aux petites est considérable dans une maison éducative de filles. Quand les éducatrices sont capables d'ouvrir leur intelligence au magnifique pouvoir de la femme, à la qualité de détachement de son amour, à la puissance de l'inspiration dont elle est responsable face à des hommes normalement constitués… l'émerveillement de nos petites demoiselles est un ravissement. Les jeunes filles, le plus souvent, ignorent tout de leur pouvoir, à l'exception de quelques manipulatrices qui en profitent. On pourra bien les vêtir comme des walkyries et leur faire croire à l'égalité, elles savent qu'elles ont des armes… dont les hommes ne viennent à bout, lorsqu'elles en usent mal, qu'en piétinant la femme du pouvoir qu'ils ont confisqué ou de leur force physique. Quand nos jeunes gens prennent conscience du rôle de la femme et de leur mission de protecteurs respectueux de la vie et de l'amour, ils sont émus et éblouis. Mais si vous tentez d'en parler lorsqu'ils sont réunis, garçons et filles, la pudeur de chacun fait obstruction au message. Les garçons, ne voulant absolument pas laisser paraître leur émotion, se gaussent et feignent de ne rien entendre. Les filles gloussent et se targuent de ce qu'elles prennent pour une puissance alors que c'est une immense responsabilité. Dans un internat de qualité sans co-éducation, les relations sont suffisamment simples et confiantes pour que tout puisse être exprimé. Les veillées, les cours de philosophie sont pain béni pour le maître soucieux de conduire chacun vers le plein épanouissement de sa sexualité au service de l'amour. En outre, les formes d'intelligence sont différentes et les manières de transmettre doivent s'y adapter. Stimuler les garçons par l'esprit de conquête est un moyen toujours efficace, les filles s'en moquent. Elles sont moins fantasques, ont plus tôt le sens du devoir, bien qu'elles soient capables de fantaisies et de délicieuse autonomie quand on leur en laisse le loisir. Mais elles se passent aisément de la présence d'adultes. En revanche, les garçons sont "dévoreurs". Les professeurs-éducateurs ne connaissent point de répit. Toutes les occasions sont bonnes pour faire du "collectif" : ils aiment discuter, jouer ensemble, agir ensemble quel qu'en soit l'objet. De telles spécificités ne permettent pas de traiter des sujets de la vie ou de l'étude de la même façon. Les cerveaux mêmes ne se structurent pas tout à fait de la même façon, ils exigent donc des traitements propres. Nier la richesse potentielle de ces différences, c'est niveler, raboter, dévitaliser la relation et les apports qu'elle offre à chacun des deux sexes. C'est saper le respect qui se nourrit d'admiration pour la différence. "Homme et femme, Il les créa" pour qu'ils se désirent et s'admirent, pour qu'ils aiment leurs différences et s'en fassent mutuels protecteurs. Que l'école n'amalgame pas ce que Dieu a si merveilleusement différencié. Samedi 25 Juin 2005
Rose Marie Miqueau
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