Pour le renouveau d’une école chrétienne en France


La violence

LA VIOLENCE DESTRUCTRICE DES JEUNES, un juste retour de bâton ?




L’écoute des informations tant nationales qu’internationales est éloquente quant à la situation de violence dans laquelle baigne la jeunesse. De plus en plus jeunes, ils agressent, tuent, semblent ne rien respecter en aucun domaine, ou bien encore retournent cette agressivité contre eux-mêmes et s’auto-détruisent dans l’alcool, la drogue, et la violence de leur conduite automobile.

Sans aller jusque là, observons de tout jeunes enfants dans une cour de récréation, la violence qu’ils cultivent est impressionnante : coups de pieds, hurlements, vociférations, grossièretés, et rires narquois qui piétinent le faible. Belle innocence en vérité !

Analyser cette " haine " dont ils parlent volontiers, c’est d’abord constater que ces jeunes sont comme en état d’exaspération permanente. Ils sont anormalement nerveux, à l’affût de la faiblesse d’autrui, de la raillerie, de l’écrasement verbal ou de la réponse agressive et dominatrice à la moindre remarque qu’ils interprètent comme une agression.

Cette attitude est d’abord le résultat d’une absence de paix intérieure donc de bonheur.

Interrogeons-les – ce que je fais souvent – ils ignorent ce que c’est, le bonheur…. Ils ne le confondent même plus avec le plaisir, comme leurs ancêtres soixante-huitards. Ils ont l’intuition que cela doit être plus que de l’éphémère inflationniste, mais qu’est-ce ?

Cette jeunesse n’a confiance en personne, surtout pas en elle-même.

Depuis bientôt trente ans que j’interroge des jeunes sur ce qu’ils sont, sur ce qui pourrait les définir, sur leur principale " qualité d’être " en un mot, AUCUN, JAMAIS n’a pu me répondre. Quel que soit le jeune, garçon ou fille, de quelque milieu social qu’il soit issu, aucun, jamais, n’a pu me dire, en trente ans, qui il était. Je ne lui demandais pas une peinture multicolore, mais seulement un grand trait de caractère ou de tempérament, positif, qui l’aurait, en gros, défini. Leur regard étonné, seule réponse à ma question... incongrue, signifiait : " Comment, moi, une qualité ? " Il pouvait arriver qu’ils m’alignassent une dizaine de défauts, mais de qualité, point. D’ailleurs, qui pouvaient-ils être, puisqu’ils ignoraient à quoi ils étaient bons ? A leurs propres yeux, ils ne savent pas à quoi ils sont bons. De là à intégrer la conviction qu’ils ne sont bons à rien, il n’y a qu’un pas que la plupart franchissent, évidemment.

Il y a un siècle, un bon à rien était un rebut de la société. Aujourd’hui tout un chacun serait outré qu’on osât qualifier ainsi quelqu’un, pourtant, des " bons à rien ", la société en fabrique à la pelle. Un nombre croissant de jeunes se sentent profondément " bon à rien "! D’où peuvent-ils tirer une telle image d’eux-mêmes ? Qui les a conduits à se sentir si " nuls " comme ils le disent ?

Ce vide intérieur abyssal dans lequel ils plongent ne peut être compensé que par des comportements défensifs d’orgueil : l’agressivité, instinct de défense primaire qui conduit à la délinquance, ou l’enfermement, qui lui, conduit à la folie. Notez bien qu’on ferme les écoles dans les villages français, mais que le moindre bourg a son IME (institut médico éducatif) dans lequel l’Education nationale rejette tout enfant qui n’entre pas dans son moule.

La conséquence logique est qu’ils portent en eux une rancœur terrible contre le monde dans lequel ils vivent. Ils ignorent totalement ce qu’ils pourraient, non seulement y faire, mais y être, ce qui est beaucoup plus déprimant. D’où peut bien venir cette rancœur ? Ils se sentent lésés, abusés par les adultes et leur font payer cette tromperie.

Tout être humain est, à sa naissance, un potentiel à réaliser, c’est-à-dire à rendre réel. Cette nature humaine répond à un besoin que personne n’oserait contester : être heureux. Le plus simple, le plus modeste, le plus jeune comme le plus vieux sont en quête de bonheur.. Tout un chacun place derrière cette notion des sentiments variés mais si nous cherchons le point commun, il est aisé d’y trouver : la paix. " Fiche-moi la paix " dit-on à quelqu’un qui dérange. Historiquement, le juste gouvernant assure la paix à son pays, elle est condition première de la paix de chacun, de la prospérité et de l’épanouissement des talents par le travail. Au besoin, il y emploie la force, c’est-à-dire une forme admise de la violence. Rollon, Charlemagne, Saint Louis, Henri IV, Ibn Séoud en furent des modèles. Ils n’ont pas fait dans la dentelle pour certains, mais ils ont reconquis la paix et assuré la prospérité au pays dont ils avaient la responsabilité. C’est le premier devoir du père d’assurer la paix à sa famille : or les enfants sont pétris de peur aujourd’hui… Tout fait peur aux adultes qui courent – bien naïvement – après le " risque zéro " que se vantait d’atteindre devant moi un inspecteur de l’Education nationale ! Il y a vraiment de quoi être fier d’une si dangereuse illusion !

La source première et essentielle de cette paix, donc du bonheur, est qu’elle se trouve d’abord en nous-même, à l’intérieur des cœurs et des esprits. Elle naît de la découverte et de la culture de ce à quoi on est bon. Elle réalise notre potentiel d’être et fonde la confiance en nous-même, cette reconnaissance de ce que nous sommes et qui nous situe par rapport à notre prochain et à notre environnement. Ce sont nos capacités qui nourrissent d’abord notre liberté, cette aptitude à jouir de droits, ce qu’autrefois on appelait le sens de l’honneur, donc le sens de notre dignité. Cela explique l’horreur de l’échec et le caractère traumatisant de celui-ci lorsqu’il se répète. Tout petit, l’enfant manifeste sa joie lorsqu’il réussit quelque chose et ses parents l’encouragent - lui donnent appétit de vie - en le complimentant sur ce qu’il réalise correctement, sur ce qu’il réussit. Chaque succès crée une appétence pour un nouveau don de soi en vue du nouveau succès qui manifestera une conquête, elle-même témoignage de réalisation de son être. Mais l’enfant ne peut naître " en paix ", elle se conquiert. Il faut donc lui assurer d’abord, un environnement favorable à l’acquisition de la science de la paix. S’il ne vit pas dans la paix, il n’en aura aucune expérience et ne pourra en assurer par lui-même les conditions. S’il ne vit pas dans la paix, sa relation à l’environnement sera faussée et il ne pourra en aucun cas apprendre à maîtriser les talents dont il est porteur et qui sont la source de SA paix intérieure.

La société industrielle a commencé par détourner le travail de sa principale finalité en le rendant répétitif et ingrat. Il ne réalisait rien de celui qui l’effectuait. Charlie Chaplin l’a montré de main de maître dans les Temps modernes. Il ne servait que Mamon, cet ogre glouton qui se nourrit d’injustice. Le souci de rentabilité était la première grande étape sur le chemin du mépris de l’homme dans lequel nous a plongés l’époque contemporaine avec ses guerres, ses déportations, ses asservissements idéologies, politiques, économiques, sexuels, agressifs, dépressifs en tous genres. Le travail n’était plus au service de l’homme, mais l’asservissait. Il l’empêchait de se révéler, ce qui est renversement complet de sa finalité première.

La haine du travail que véhiculent nos sociétés dites civilisées qui ne parlent que de loisirs et d’envies, détourne la jeunesse de son principal moyen d’épanouissement et l’asservit à la mère de tous les vices qu’est l’oisiveté quêtée comme lieu de liberté.

Quelle caricature !

Ainsi, en un siècle, la quête de bonheur par le profit a tendu toutes les énergies, à tous les niveaux de la société, vers une réussite matérielle, garante soi-disant du bonheur de chacun : un leurre. C’est cet effrayant mensonge que nous payons dans les comportements de notre jeunesse. Elle ignore la cause de son malheur mais elle hait la société qui l’y conduit.

L’école est peu à peu devenue le lieu par excellence de cette destruction, de cet asservissement. Au lieu d’éduquer le jeune à se révéler par le travail, elle l’a soumis à un conditionnement égalitariste qui, bien loin de révéler son unicité, tente de le noyer dans la masse. Imposant systématiquement à des groupes entiers le même enseignement, les mêmes méthodes, le même regard sur tout, elle asservit les enfants à la pensée unique, au comportement unique, au regard d’autrui donc au nivellement. Ce poids s’accroît au fil des années, et la spontanéité des élèves de 6ème fait place, peu à peu, au silence pesant des classes de Terminales où règne en dictateur le regard dévalorisant d’autrui. L’école remplit ses élèves, sans les élever, puisque l’offre de culture dont elle était chargée n’est pas pour eux l’occasion d’exercer leur intelligence, leurs facultés personnelles, donc de se révéler. Elle fait des talents intellectuels, dont à peine 20% des humains sont naturellement dotés, le fondement de l’intelligence, laissant sur le bord du chemin les victimes de son mépris de la nature humaine. Ceux qu’on appelle " surdoués ", aujourd’hui, sont ces 20%, qu’on déséquilibre en en faisant des " cas ", autant que les modestes intellectuellement qu’on désoriente en leur laissant croire que les mêmes objets de conquête leur sont offerts ! L’utopie quand elle concerne la nature humaine est une calamité.

C’est la révélation de nos capacités qui nous rend heureux, confiants, " bien dans nos pompes " comme disent les jeunes. Nos talents se révèlent dans la relation à l’autre, à l’univers, aux occasions que la vie nous offre.

Si les enfants n’acquièrent peu à peu la conscience de leurs talents, de ce dont ils sont capables, c’est parce que personne ne leur a offert de terrains d’exercices. Je suis toujours frappée de voir combien les catastrophes suscitent de générosité : c’est qu’elles sont tellement pour l’homme l’occasion de mesure ce à quoi il est bon… Or aujourd’hui des maîtres se prétendent éducateurs en se vantant de quêter " le risque zéro ". Autant chercher la mort… le risque zéro sera beaucoup plus vite atteint ! C’est cette quête de mort qui révolte la jeunesse sans qu’elle en soit consciente. Offrez-lui de beaux terrains d’action, elle se jettera dessus, quel que soit le risque, pour se révéler à elle-même et trouver la paix. Les trésors d’humanité sont toujours disponibles, mais les adultes sont si vieux de leur souci de confort, qu’ils n’offrent pas à la jeunesse les occasions d’être bonne dont elle a tant besoin pour bâtir son bonheur. " Confort " signifie étymologiquement " garder sa chance "… c’est la révéler qui rend heureux, et cela se dit " effort " en français !

Cette énergie bien placée au service de l’effort, qui révèle ce à quoi on est bon, n’aura plus besoin de l’exutoire de l’agressivité destructrice.

Eduquer, c’est finaliser, donner un sens positif, nourricier de joies et de bonheur à l’énergie vitale brute avec laquelle on naît et qui anime la vie.

Eduquer, c’est apprendre à la maîtriser au service d’une fin qui nous rend heureux.

Rendez la jeunesse heureuse, elle ne détruira plus. Et pour la rendre heureuse, montrez-lui à quoi elle est bonne, rendez la utile, elle se respectera elle-même, condition sine qua non pour qu’elle respecte l’autre, l’univers et la société.

La jeunesse est ce qu’on la fait : laissez-là prendre le risque d’être par l’effort et le risque !


Mardi 25 Octobre 2005
Rose Marie Miqueau


Instruire et éduquer un chrétien aujourd’hui | Les souffrances de l’écolier | L'Eglise et l'éducation