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MAITRE CHRETIEN AUJOURD'HUI (2/ )On ne nait pas maître on le devient…
Eduquer signifie à la fois "nourrir et révéler". Cela suppose deux aptitudes fondamentales chez les maîtres : savoir OU il conduit, et QUI il conduit. L'objet, de cette attention, c'est l'enfant. L'amour confié à la créature est créateur, comme celui du Père. Le maître comme son élève grandissent, s'harmonisent dans la liberté, qui est capacité à accomplir le bien. Le maître, pour guider son élève lui permet la conquête des vertus qui font l'homme, fils de Dieu. Ce faisant, il grandit lui-même. Cet enfantement spirituel est le sens de la vie de tout un chacun. Le maître comme les parents est dépositaire d'une autorité déléguée par le Père en vue de permettre à l'enfant de devenir grand. Il s'agit de contribuer à révéler le potentiel placé dans l'être de la créature, de lui apprendre à enrichir cette part d'amour et à guérir la blessure originelle.(1)
Pour grandir, il faut enrichir sans jamais le piétiner ou l'égarer le cœur d'enfant, celui sans lequel les Portes du Royaume ne nous sont pas ouvertes. Les moyens, les terrains d'exercices sont de plus en plus variés grâce au maître. Les horizons de croissance s'ouvrent avec l'intelligence. Mais le but demeure le même. Trop souvent, les enseignants, fiers de l’être, ne se veulent pas éducateurs… Que cela leur plaise ou non, s’ils ne le sont positivement, ils le sont, obligatoirement négativement. On ne peut former des esprits sans éduquer ou… contre-éduquer. Rien n'est neutre en éducation. On peut certes se contenter de remplir les enfants, faire de l’éducation une technique, réclamer sans cesse plus de moyens, ce ne seront toujours que piètres compensations - souvent très inefficaces - au manque d'être, des maîtres. L'éducation consiste simplement à offrir à l’enfant une multitude de terrains de conquêtes qui permettent qu’il s'enrichisse de biens et ainsi se révèle. En se réalisant dans l’exercice de ses talents validés par le succès, quoi qu’il en coûte, grâce aux explications et encouragements du maître, il apprend à découvrir qui il est, à quoi il est bon ! Ces talents s’exercent à partir de la transmission d’un savoir, d’une culture qui le rattache à la vie de l’humanité, et par là même l’y intègre, l’y enracine, donne un sens à sa propre vie. S’il est limité, l’être humain est astreint à choisir. Choisir parmi tous ces biens qui s’offrent à son désir, choisir en fonction du but, de l’essentiel, du permanent. Alors, savoir acquérir certes, mais savoir renoncer, aussi. Il est confronté au choix des moyens, des chemins, des terrains d’exercice de tous ses talents. Il ne peut tout avoir, tout faire, tout être. Dès lors, l’éducateur a le devoir d’offrir. Offrir à l’enfant le plus de possibilités de se révéler et exercer, offrir ce que lui-même maîtrise, offrir ce qui de mille façons cultive la vertu, l'habitude du bien. Non seulement le maître fait connaître
cette vertu qui révèle le meilleur de l'être et l'enrichit, mais il l'exerce aussi pour qu'elle devienne ce que les philosophes appellent un habitus, nous pourrions dire un conditionnement au bien. Quelle libération ! Un conditionnement au bien émerveille par ce qu'il apporte paix et joie. Le maître heureux en est le témoin, il nourrit son bonheur de les faire croître en l'autre.
La clarté de présentation de ces richesses en fera comprendre* la valeur. La force de ses convictions, la joie de les transmettre, preuve de l’amour et de l’attachement qu’elles suscitent en lui, adulte, les fera admettre et aimer des jeunes. Son exemple quotidien, sa manière d'en vivre font mesurer à l’enfant l’efficience, l’intérêt, la valeur de ces vérités, de ces beautés, de ces bontés. Les maîtres comme les parents transmettent d’abord ce qu’ils sont. Le pédagogue conduit l’enfant vers le savoir, la culture, dans tous les sens de ce mot. Il est un guide vers un bien, immense, qui révèle l’homme à lui-même, lui donne sa place dans la grande chaîne humaine et … le rend heureux. Quelle que soit la discipline enseignée, elle est toujours une occasion de former : un « credit » comme disent les américains. Elle permet d’acquérir bien sûr une connaissance, mais surtout une méthode de pensée et de travail, des références, voire des exemples. Plus encore elle « informe » le cerveau, elle lui donne forme, elle cultive, ou non, l’équilibre, l’harmonie entre les circuits thalamiques ou affectifs, et les circuits corticaux ou spéculatifs et analytiques, entre le cerveau droit et le cerveau gauche.(2) Elle harmonise ou au contraire fait exploser l’intelligence de l’enfant. L'enseignement n’est donc terrain de formation que si son contenu est correctement transmis puis assimilé. Le maître doit « dominer » sa discipline pour se montrer capable de la relier à l’ensemble des autres formations et aux capacités réceptives de l'enfant. C’est de cette façon que le jeune, peu à peu, comprend la magnifique unité du réel, unité essentielle des multiples expressions contingentes de l’Etre. C’est ainsi qu’il acquiert le sens de la hiérarchie des richesses comprises comme moyens de se réaliser. Il bâtit au cours de sa scolarité le squelette de sa pensée, et donc de son action présente et future. Il développe les garanties de sa vraie liberté.
(1) - Le Don de Dieu en nos enfants, essai sur les tempéraments, Marie Gourville - Institut Alcuin
*cum-prehensere : prendre avec soi, faire sien. - (2) - travaux du Dr Sperry repris par le docteur Wettstein-Badour Samedi 4 Mars 2006
Rose Marie Miqueau
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