Une nouvelle génération de maîtres !
La jeune génération des maîtres promet ! Elle est souvent habitée d'une profonde volonté d'excellence. Elle ne craint pas de se vouloir éducatrice grâce à l'enseignement et cherche à connaître en vérité les élèves dont elle est chargée. Elle est animée, pour eux, d'un véritable souci de réussite. Elle maîtrise parfois mal l'expression française…, mais elle a des choses à dire et ne craint pas la réforme. Enfin !
Il serait bon de mettre à sa disposition tout ce que les scientifiques, depuis la seconde guerre mondiale, ont offert à la pédagogie en approfondissant la connaissance du fonctionnement biologique et physiologique de la personne humaine, en maîtrisant toujours mieux les caractères et les tempéraments, en se souciant de faire progresser la nature humaine sans pour autant l'estimer "malade" sous prétexte que le parcours est parfois difficile. Pour qu'un enfant développe des psycho-pathologies, il suffit le plus souvent de ne pas respecter les lois de la croissance : l'art d'être, l'art de grandir supposent le respect de lois, comme pour les salades ou les tulipes. Notre époque excelle en l'art de remplir les cabinets des psy en tous genres, et même les services psychiatriques. Il est dramatique que des directeurs d'IME reconnaissent qu'ils ont "70% d'enfants qui n'ont rien à faire chez eux !"(sic) Des éducateurs spécialisés, des assistantes sociales avouent, accablées, qu'ils ne disposent d'aucune structure pour les enfants et les jeunes qui ont du mal à grandir. Ce n'est pourtant pas une maladie. Tous les maîtres devraient être armés pour faire face à ces difficultés, car leur vocation est d'abord, grâce à l'enseignement, d'apprendre aux jeunes comment faire croître en eux le bonheur. Le mal-être est d'origine morale. Il faut apprendre à la jeunesse ce qu'est aimer, tout est là. Nous naissons enfants des hommes, consommateurs d'amour, mais devons devenir enfants de Dieu, producteurs d'amour.
Porter les enfants comme le fait l'éducation contemporaine, la mère pendant trop longtemps, puis l'école jusqu'à la majorité, ne peut en aucun cas assurer le passage à la maturité qui se manifeste par l'art d'aimer, et donc une véritable maîtrise affective, afin de mettre le désir et la volonté au service d'un bien reconnu tel.
L'écrasante majorité des élèves n'aiment pas l'école, n'aiment pas les connaissances qu'ils y découvrent, et n'aiment guère la plupart des maîtres qui les leur transmettent, jetant en cela le bébé avec l'eau du bain. Ils n'ont appris, pendant douze ans, au minimum, qu'à NE PAS aimer. Ils n'ont pas le désir de ces biens qu'on leur impose, ils ne peuvent mettre leur volonté à ce service. Dans son ensemble la population est assez indifférente à la connaissance pour elle-même, puisque tout sur la terre, affirme saint Ignace, ne vaut qu'autant que cela nous rapproche de notre fin - se vouloir l'enfant de Dieu - pas plus que cela ne nous en détourne. Il est donc indispensable de donner un sens éducatif profond aux contenus des enseignements, et il est indispensable que nos élèves sachent à quoi leur sert vraiment l'école. Nous sommes très, très éloignés d'un usage chrétien de l'école et surtout du collège, qui sont pourtant aujourd'hui, des lieux indispensables à l'éducation puisque la famille élargie a disparu.
Les maîtres ont aujourd'hui une responsabilité éducative considérable puisqu'ils sont les seuls à offrir à la famille la présence des étrangers éducatifs dont on ne peut se passer pour assurer la structuration de l'hémisphère gauche du cerveau des enfants, celui de la mémoire, de l'analyse, de la logique, du raisonnement, de la conscience donc de la liberté. Autrefois, la famille élargie avec ses nombreux oncles, tantes, grands-parents et cousins, cousines, assurait naturellement une telle structuration. Elle a complètement disparu en 1940 et 1960, il faut compenser.
Une nouvelle génération de maîtres est prête à servir cette magnifique mission, nouvelle, qui est la sienne aujourd'hui. Il est indispensable qu'elle maîtrise aussi parfaitement que le savoir qu'elle dispense, la connaissance de ceux auprès desquels elle intervient. Cela n'est pas inné, on ne peut le deviner, et en ces connaissances, pourtant, résident toutes les possibilités de compenser une structure scolaire pour le moment destructrice de talents. (à suivre…)
Marie Gourville
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